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Articles de presse
Variations noires

L’artiste peintre Jean-Michel Degoumois donne à voir à Saignelégier une peinture carrée, massive et toute de rigueur.
« Ce sont les volumes qui le préoccupent », expliquait Armand Stocker, lors du vernissage de l’exposition. Et d’ajouter : « Il fait jouer ses formes comme la lumière fait jouer les formes d’une sculpture ». Il faut dire que Degoumois est d’abord passé par la sculpture avant de se consacrer à l’expression à plat de la création picturale. « On sent bien le sculpteur dans le choix de la technique puisqu’il utilise le goudron et le sable pour donner une structure à ses tableaux (…)
La brillance du goudron est importante puisque, là aussi, elle est le résultat du jeu de la lumière et de la matière », poursuivait l’orateur.

« Carrée, massive, dérangeante, agressive » étaient également les qualificatifs pour décrire cette exposition qui, par le biais de vingt-deux œuvres exactement, offre – nous pourrions dire ainsi – des variations sur un seul thème. Car même si un arrondi se présente dans un seul tableau, il forme à lui seul l’antithèse de tous les autres qui s’imposent, lourds, sombres,
monolithiques dans leurs écritures diversement rectangulaires. Et la cohérence demeure. La stabilité dans le propos est œuvre de rigueur. Les surfaces, les longueurs, les carrés, les perspectives créées par les blocs mis en exergue sont un exercice permanent qui font approcher ou reculer le voyeur. On imagine la brutalité comme une expression humaine, faite de coups, de sécrétions, de sentiments. Mais la brutalité dans un silence total est presque inquiétante. Ici, dans cette peinture, elle existe et provoque en tous les cas la réflexion : il y a une brutalité dangereusement muette dans les variations rigoureuses du peintre, dans la noirceur brillante, épaisse, répétée et couvrante.

Pas de couleur, elle semble bannie. Même quand elle apparaît, en de minces couloirs, pâle, sale – jaune

ou bleue – entre deux surfaces sombres – goudron hermétique ou tiré dans le marron – elle n’a que très peu

la parole. Il y a pourtant, dans certains tableaux, à certains interstices un bleu

ou un rouge qui filtrent, rares, d’une brillante beauté, mais leur rayonnement n’est pas majoritaire et d’autant plus fort. Et encore une fantaisie blanche : autour d’une surface rectangulaire – telle la porte du fond d’un couloir – le papier est vierge de peinture et s’auréole d’un mystère lumineux.

L’opacité sombre et la thématique géométrique sont les déterminants qui s’imposent avec puissance. Exposition à voir pour se poser des questions comme l’a fait Armand Stocker pour présenter l’artiste : pourquoi les tableaux de Degoumois sont-ils noirs, ou presque noirs ? Est-ce le fait, pour ce peintre, de vivre en milieu urbain. L’idée a été évoquée en guise de réponse. Est-ce le fait d’une conjoncture psychique sombre ?

Peut-être, mais au bout du compte, le « noir » est aussi symbole de vie renouvelée, d’une promesse de l’aurore, ou de la terre qui s’ouvre et donne.
Le Pays - Mai 1993

Jean-Michel Degoumois expose
Le noir est la couleur, c’est ainsi que Jean-Michel Degoumois intitule l’exposition qu’il propose à Krysal Galerie, à Carouge.
La profondeur nocturne du noir permet à cet artiste une approche particulière non seulement au niveau des problèmes picturaux qu’il propose, mais encore d’un contenu symbolique ouvert sur de nombreux concepts.
L’expression visuelle résultant de l’équilibre des formes, de l’accord harmonieux des tonalités, s’impose également par le travail de la matière elle-même. Degoumois estime que « souvent ses gestes s’apparentent à ceux du sculpteur ou du graveur » par un travail très élaboré où interviennent le bitume, les pigments, les craies pastels modifiant ici et là la texture du papier.
Le Courrier – Janvier 1993

A la limite du volume

Le genevois Jean-Michel Degoumois expose dès aujourd’hui à la Galerie Paul-Bovée à Delémont
« Une exploration autour du volume, du noir et de la matière ».
C’est ainsi que l’artiste genevois Jean-Michel Degoumois résume le travail qu’il présentera aujourd’hui, dès 18 heures, à la Galerie Paul-Bovée, à Delémont.
Elève de l’Ecole supérieure des arts visuels à Genève, Jean-Michel Degoumois commençait « sur le tard » son appren-tissage artistique par la sculpture. Un moyen d’expression auquel il mariait aussitôt le bitume liquide. Très vite attiré par le papier, plus vivant, le genevois poursuivait sa recherche avec cette matière insolite, noire, qu’il travaille selon une recette secrète, préférant généralement le chiffon au pinceau ; une histoire de mouvements. Les pigments et l’oxyde de fer complètent ses possibilités de travail.

Exposées l’année dernière à Carouge, ses toiles offrent une variation autour du noir : « Le noir est une base qui permet toutes les profondeur, l’infini dans lequel on peut pénétrer. J’utilise également l’ocre, la couleur de la terre. D’une manière générale, je travaille rarement avec la couleur ; elle devient très vite anecdotique ». La peinture de Jean-Michel Degoumois se situe au seuil de la sculpture. Des formes simples, de grandes surfaces, des limites. « J’aime être à la limite du volume, à la frontière de deux espaces. C’est là que l’événement se crée,
que des accidents heureux naissent, se multiplient. Comme
dans la vie », conclut le genevois.
Sans titre, ni thème, cette exposition offre aux visiteurs l’occasion de pénétrer franchement dans un monde de matière aux fron-tières franchissables.
Journal du Jura – Septembre 1994

Jean-Michel Degoumois : le noir contre la couleur

Jean-Michel Degoumois est né à Berne en 1949. Il vit et travaille à Genève où il a suivi une formation à l’Ecole supérieure d’art visuel. Depuis plusieurs années il explore les possibilités du noir posé sur le papier, d’abord avec du pastel, aujourd’hui au moyen d’un bitume artificiel. Associé à des pigments et de la térébenthine, ce matériau sert un procédé d’addition et de soustraction, de pose par strates superposées puis d’enlèvement, auquel le support répond
Pourquoi peindre le noir ? C’est une question qui se pose d’autant plus que le noir tient une place singulière dans la culture occidentale. Symboliquement,il est investi de significations négatives, mort, néant, ignorance ou péché, opposées à la pureté du blanc. Pour certaines éthiques puritaines, il recouvre au contraire une dimension de dignité, de sérieux et de profondeur, absente de la diversité frivole de la couleur. C’est dire que le noir est une non-couleur, comme l’affirme également la théorie des couleurs depuis Newton. On retrouve d’ailleurs la dissociation entre noir-blanc et couleur au sein des techniques de diffusion de l’image : estampe, photographie, et plus récemment écran de télévision ou d’ordinateur.

Dans la peinture, le noir a été associé à l’obscurité comme un des pôles théoriques de l’échelle des valeurs du clair-obscur. Certes, depuis Manet, il a pu être traité comme une couleur parmi les autres. Cependant il conserve chez la plupart des peintres qui s’y sont restreints, dont Malevitch et Reinhardt, sa singularité.
Le choix exclusif du noir, fréquent dans la peinture gestuelle ou le monochrome des années cinquante, relève des questions esthétiques, symboliques et morales qui font partie intégrante du statut culturel de la non-couleur.

Jean-Michel Degoumois s’inscrit dans la filiation de cette réduction au noir. Dans ses œuvres sur papier, le noir n’est certes pas seul, mais il est central. Accompagné par les teintes d’ombre du clair-obscur traditionnel, brun, gris, vert-olive, traité avec un matériau non pictural, le bitume industriel, il est l’objet principal des recherches de l’artiste. Pour Degoumois, peindre le noir est l’enjeu d’une ascèse et d’une sincérité absentes de la diversité des couleurs. C’est explorer la profondeur mystérieuse, celle du trou noir dans le cosmos, qui absorbe le regard et peut par là même devenir révélation intérieure. Une profondeur qu’on a opposé au caractère superficiel de la couleur, ce pharmakon, ce maquillage de surface.

Pourtant dans les œuvres de Degoumois l’effet visuel de profondeur est ambigu.
Certes le noir s’inscrit formellement dans un rectangle vertical évoquant une ouverture, une échappée au-delà du plan pictural. Mais par sa matérialité et son opacité, malgré des variations de texture du mat au brillant, ce bitume vient en avant. Il ne fait pas trou mais volume. Une sensation qui augmente encore lorsque les teintes neutres qui entourent le noir s’en distinguent clairement par leur modulation et leur degré de clarté.

Ainsi le noir pictural, malgré ses qualités optiques d’absorption et ses connotations nocturnes, peut faire saillie. Les contre-jours de Vallotton, les signes sur fond blanc de la peinture gestuelle l’ont montré. Dans les œuvres de Degoumois c’est sans doute au bitume qu’on doit cet effet. Ce matériau évoque le vernis du même nom, utilisé largement au début du 19ème siècle, qui a assombri les œuvres de certains coloristes, dont Delacroix. D’ailleurs le bitume utilisé par Degoumois reste versatile. Il s’obscurcira encore avec le temps, continuant par lui-même le processus de réduction vers le noir.

Kunst Bulletin – 1993

Degoumois expose son goudron et ses dégradés à Soral

Structurés et âpres sont les panneaux de l’artiste, qui relient bitume industriel et patine ancienne
Jean-Michel Degoumois peint à l’aide de goudron, combiné à des pigments, à des liants, à des vernis. D’où la qualité âpre de ses panneaux, où la peinture se fait bois, vieille pierre, pont bossu ou fort rougeoyant sous la lumière du couchant. Le bitume industriel acquiert une patine qui renvoie aux temps anciens, à l’ombre du passé, ou à une lueur en dehors du temps. Le noir se dégrade en brun, vert-olive ou rouge, ce rouge de la flamme qui couve sous la cendre…

Evocation de Goya et Saura

Des structures solides rappellent que l’artiste a commencé par se lancer dans la sculpture, lors de ses études à l'Ecole supérieure d’art visuel de Genève.
Tantôt l’horizon très bas, ligne sombre, évoque la composition étrange du Chien de Goya et de Saura, eux aussi peintres du noir.

Tantôt des blocs erratiques ou des baraques abandonnées offrent l’abri d’interstices et de voûtes souterraines.

Relent de mysticisme

Un noir brillant dialogue avec des plages mates, le haut répond au bas, la nuit vient éteindre une couleur sourde et belle.
La peinture est sans concession, sans apprêt et pourtant plus étudiée qu’il n’y paraît. D’elle se dégage un relent de mysticisme.
Journal de Genève – Octobre 1997

Jean-Michel Degoumois à la Galerie Brot und Käse
Ses peintures sont noires, entièrement noires. Et pourtant, il s’en dégage des lumières, des reflets ou des ombres. L’artiste genevois Jean-Michel Degoumois travaille avec du bitume industriel qui s’obscurcit encore avec le temps, continuant un processus vers un noir opaque et impénétrable. Jean-Miche Degoumois, élève de l’Ecole supérieur des arts visuels à Genève a commencé son parcours artistique par la sculpture.
On retrouve un intérêt pour la composition dans ses œuvres peintes qui s’inscrivent dans des rectangles. Ceux-ci fonction-nent comme des fenêtres ouvertes sur l’au-delà, sur le néant.
Le Courrier – Octobre 1997

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© Jean-Michel DEGOUMOIS