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Partir du Noir et aller vers l'Horizon
Le regard du peintre sur son travail ...
Il y a eu tout d’abord les œuvres noires, bien avant la peinture. Le pastel étalé à la paume de la main sur de grandes surfaces de papier, laissant, à force de passer et de repasser, des traces de nuit, d’ombres, faisant sourdre la lumière.

Puis il y a eu la rencontre avec le goudron. Je ne sais plus comment c’est arrivé, mais sans doute, il y eut un besoin de matière avec l'envie d’enlever, de remettre, puis d’enlever encore cette matière jusqu’à ce qu’apparaisse le soleil du matin, une lumière derrière un nuage, venue de quelque part. Pendant longtemps, je n’ai utilisé que des couleurs naturelles.
Et puisque j’étais dans la matière, s’est rattaché le papier (en hommage à mes premiers travaux ?). Papiers d’emballage, collés et recollés, la fusion des matières, le brillant et le mat, le doux et le rugueux, pigments, pastels, huile, pour donner corps aux paysages et aux masses : châteaux, ruines ou blockhaus. Tout ce qui pouvait encore retenir mon regard, me raconter une histoire, m’empêcher de me perdre dans l’infini des horizons.

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Mais en continuant mon périple, j’ai laissé derrière moi les derniers vestiges calcinés, les volumes minéraux, gardiens du temps et de l’espace, comme si j’avançais aux bords de la terre.

Je suis ce long travail de “dé-conscience” et de “laisser-advenir” pour arriver petit à petit à ne garder que l’essentiel et quitter momentanément la matière odorante et puissante du goudron
pour ne fixer qu’une ligne infinie qui sépare les éléments.

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- "Ilot"
Goudron et pastels sur papier
30 x 21 cm – 2010

Alors, sont apparues les couleurs. Sans y prendre garde, j’ai abordé
le rouge qui me faisait si peur et les couchers et levers du soleil aux
confins de nulle part. Comme assis sur une colline, surplombant un
lac, un mur, une plaine. Installé pour de bon dans un instant infini, à
ce moment où le jour et la nuit se séparent, l’heure morte, le temps arrêté. La suite de mon travail, je ne la connais pas encore.

Jean-Michel Degoumois

- "Aurore"
Huile, goudron sur bois,
54 x 54 cm – 2004

- "Le Patio"
Collages, pastel, goudron sur bois,
60 x 130 cm – 1997
L’oeil de la visiteuse ...
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Et bien avant les mots, le silence des yeux... accrochés au tableau.
L’oeuvre de Jean-Michel Degoumois a cette force puissante de suspendre le temps
pour nous faire dériver vers des ailleurs possibles.
Nous nous laissons partir, nous en avons besoin.
L’appel nous vient de loin,
surgi de sombres fonds,
dont les embruns allègent les goudrons de la mémoire.
S’impose alors, au regard, cette obscure clarté qui invite au passage.
De la lie du chaos émerge la force d’une ligne, esquisse de la promesse du large.
Embrassement des teintes pour vivre l’entre-deux aux subtiles frontières.
L’ombre devient lumière, incandescence crue, peut-être éphémère d’une vérité nue.
Et des vibrations de noirs déclinés, de l’éclat espéré d’un futur en couleurs, l’oeil gardera la trace exquise d’un voyage créateur dont le talent inspiré du peintre s’est donné l’élan
dans un art tout en mouvements.

Josie Gay

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© Jean-Michel DEGOUMOIS